La crise, ses éclats : le temps du sujet

par Simone Wiener

« Je m’intéresse à l’avenir car c’est là que j’ai décidé de passer le restant de mes jours. » Woody Allen

Ces dernières années, le mot crise a été abondamment utilisé notamment à propos de la tourmente financière de 2008 à 2010 et la récession qui en a suivi. C’est en effet un terme avec un fort pouvoir d’évocation : il inquiète, il déchire. Mais il appelle en outre à réfléchir sur les effets de discours et sur les pratiques qui en sont initiées. Or, ce discours de la crise traverse différentes disciplines et devient ainsi une sorte de symptôme pour dire un malaise voire pour le provoquer. La crise par sa possible mise en lien avec la culture, par sa valeur polysémique, est un marqueur des transformations sociales et culturelles. Elle touche de manière indirecte la question marrane laquelle inaugure historiquement et sémantiquement une composition identitaire originale.

D’abord il y a lieu de définir ce qu’est une crise et ce qui la sous-tend. La question de la temporalité est centrale dans ce repérage. Car une crise survient à un moment donné : celui d’un impossible à poursuivre. Une crise, c’est lorsqu’on est au bout d’un système et que ce dernier ne peut plus fonctionner de la même façon.

Ces moments de crise sont à saisir, mais pas uniquement, dans leur dimension d’affolement. Car ce qui compte dans la crise, c’est aussi qu’elle puisse manifester quelque chose de singulier ; permettre que cela soit un temps de sujet, un espace de transition où quelque chose d’inédit puisse avoir lieu. Il s’agit donc d’introduire du sujet dans la crise, d’y engager du désir. La crise n’est pas silencieuse ; elle est au contraire bruyante et à concevoir comme productrice de parole. Elle est violente et angoisse ceux qui la subissent, mais sa survenue ouvre à des possibilités nouvelles de choix.

Je m’attacherai donc à étudier quelques formes de crises en inscrivant leurs enjeux dans leur incontournable temporalité.

 

Définition et extension

Selon le Robert historique, l’étymologie du mot crise vient du latin crisis : « phase décisive d’une maladie ». Ainsi, le mot crise est à l’origine un terme médical qui prendra, par extension au domaine psychologique, le sens d’être en proie à une manifestation violente. De même, par transposition dans le domaine moral, il se dit d’un moment critique en mettant l’accent sur l’idée de trouble, de déséquilibre. Puis, ce terme se spécialise dans deux acceptions différentes :

– soit individuelle à forte connotation psychologique, et là nous avons la crise d’hystérie. A noter qu’en psychanalyse, le mot crise est beaucoup employé à propos de l’hystérie, mais nous y reviendrons ultérieurement.

– soit une acception plus globale, collective, sociale, politique et économique, et là c’est dans le sens de la crise de 1929, ou bien de celle de ces dernières années qui, en fait, correspond à une récession économique.

De fait, le concept de crise désigne des périodes de rupture marquées par l’apparition de phénomènes de désorganisation décrits comme inattendus, brusques et spectaculaires. Une crise renvoie à quelque chose de profond sur le plan de la structure. Il s’agit d’un moment d’impasse logique, d’aporie qui appelle à une revisite des fondements de ce qui définit les éléments de structure. Ces derniers temps, on a parlé de crise, cependant on ne peut pas dire que cela ait remis en cause les fondements de l’économie, que les choses aient vraiment changé dans la mesure où l’on reste dans un système capitaliste.

L’usage du terme de crise est devenu un mot du discours courant très répandu dans la presse et le vocabulaire politique. C’est un mot qui tente de provoquer quelque chose et qui est très sensible aux idéologies. C’est un mot qui, par exemple, dans le champ de la psychiatrie est renforcé par le discours de politique sécuritaire qu’il suscite. Il provoque des craintes exagérées autour de la dangerosité et, à ce titre, il devient important de ne pas le faireconsister, c’est-à-dire de désamorcer la portée idéologique qu’il a dans ces cas. Par exemple, le récit de certains faits divers emploie le mot forcené et, souvent, ce mot agite le public autant que les forcenés eux-mêmes…

Voici quelques écarts de discours concernant le terme de crise. La nomenclature de psychiatrie classique va présenter la crise comme un état temporaire de déséquilibre, de changement remettant en question l’ordre ou la stabilité du sujet, et dont l’évolution est ouverte et variable. Pour la psychanalyse, l’apparition d’une crise même sous une forme clastique[1] peut constituer une chance pour le sujet. C’est que, à la différence d’une pratique thérapeutique dont la visée serait sédative, la clinique analytique regarde les crises comme des ouvertures, des accès, des poussées évolutives.

Michel Foucault, dans son séminaire de 1973-1974 sur le pouvoir psychiatrique[2], s’est penché sur la disparité du sens de la crise pour le champ médical et pour celui de la psychiatrie. Il met en évidence que la crise est une épreuve de vérité en montrant que cela, l’hôpital n’en veut pas et l’asile non plus. Et ce pour trois raisons :

– la première c’est que l’hôpital fonctionne comme un espace disciplinaire obéissant à un règlement, prévoyant un certain ordre duquel la crise, comme crise de folie faisant rage, est exclue. Le sujet en crise n’est pas du tout repéré comme ayant quelque chose à dire, on ne l’écoute pas. Et la crise est une chose à éviter car c’est avant tout une source de désordre ;

– deuxièmement, le recours à l’anatomie pathologique, qui se fait à partir des années 1825, a misé contre l’idée que la vérité de la folie pourrait se jouer dans la crise. L’anatomie pathologique, c’est-à-dire l’autopsie, a été une façon de refuser l’existence de la crise comme vérité en proposant de chercher l’étiologie de la folie dans l’anatomie du corps ;

– la troisième raison de refuser la crise, c’est que le crime va être associé à la crise et qu’un lien va être établi entre le crime et la crise de folie. De ce fait, la crise devient quelque chose de dangereux dont la société doit être protégée. On voit bien comment on se construit avec certaines pratiques sur lesquelles se fondent nos discours et nos croyances.

Le terme de crise indique à la fois quelque chose de court dans le temps, de vif et en même temps un moment qui peut être plus long. La crise participe de la succession de deux temps, celui de l’incertitude, de l’indécision, de l’angoisse ou d’un sentiment de rupture, puis celui de la résolution, que son issue en soit favorable ou défavorable.

Un penseur comme Walter Benjamin concevait la modernité comme crise à répétition. Ses cheminements théoriques marqués par l’utopie messianique et le matérialisme historique l’amènent à nouer l’idée de progrès à celle de bouleversement. Cependant le futur dépend entièrement de l’action des hommes eux-mêmes. La crise peut se penser comme quelque chose qui se réitère, qui se reproduit et dont les secousses à répétition ne cessent de nous empêcher de nous assoupir sur des choses acquises, des idées reçues.

Crise d’hystérie et ressorts du sujet

C’est avec l’hystérie que la crise va traverser le domaine de la neuropsychiatrie et qu’elle apparaît de manière spectaculaire aux yeux de Charcot. Elle agit et agite autour d’elle. Elle se donne à voir au regard médical et interroge les limites de son savoir. Rappelons que c’est à partir des questions qu’elle soulevait, que Freud a inventé la psychanalyse. Il faut cependant préciser que là où la médecine fait finir l’hystérie, Freud la fait commencer. En effet, Freud porte attention aux paroles des hystériques lorsque la neurologie cesse de chercher à guérir leurs corps. Le franchissement de l’une à l’autre marque la cession du regard médical pour passer à la voix et à la parole.

Au sens psychanalytique, il y a crise quand le discours, les mots, les rites, les pratiques, bref, tout l’appareil symbolique s’avèrent impuissants à modérer un réel qui n’en fait qu’à sa tête. Une crise, c’est le déchaînement d’un réel démonté, impossible à maîtriser. C’est l’équivalent pour nos sociétés de ces ouragans par lesquels la nature vient régulièrement rappeler à l’espèce humaine sa fragilité, sa précarité.

Dans le champ clinique, on peut penser comme exemple à certains malaises adolescents où les fondements de ce qui a tenu pour le sujet jusque-là s’effondrent. C’est ainsi le cas d’un épisode de bouffée délirante ou d’un passage à l’acte massif comme une tentative de suicide ; quelque chose sature, ne tient plus. En fait, à y regarder de plus près, on peut repérer souvent combien ces moments de crise sont reliés à quelque chose qui chavire du sujet. Or justement, ce qui semble important, c’est de permettre qu’il y ait du sujet et pas seulement de la crise. En effet, quand on parle de crise, on tend à désigner un mouvement de bascule, quelque chose qui fait appel, mais de manière quasi anonyme. Et ce que l’on peut viser dans nos pratiques, c’est de permettre de « faire signature ». C’est-à-dire de faire en sorte que cette dimension d’appel, sous-jacent à la crise, puisse prendre le dessus et s’articuler. Pour ce faire, il est nécessaire de prêter attention à la situation dans laquelle la crise survient, de ne pas répondre sur le mode du protocole ou de la réponse toute faite, mais de trouver les ressorts contextuels dans lesquels elle surgit.

Quelle lecture pouvons-nous faire d’un sujet en crise ?

Une crise doit être appréhendée dans un double mouvement, parfois paradoxal. D’abord comme un moment de perte de repère, instant périlleux et inopportun. Un temps de vacillation impossible à dire comme tel car souvent cet état en appelle plus à l’explosion qu’à la parole. L’angoisse est alors massive pour le sujet, et c’est ce qui donne lieu à de nombreux franchissements de limites et transgressions. Et cette angoisse du sujet en crise se transmet aussi à ceux qui en subissent les débordements.

A cet égard, il convient de tenter de ne pas être pris imaginairement dans ce qui fait crise, c’est-à-dire de pouvoir éviter les contre-passages à l’acte, de répondre ainsi en miroir (exclure celui qui exclut ; être violent à l’égard de la violence) par de l’angoisse ou une répression aveugle. Il s’agit de donner acte au sujet de façon ferme, non permissive et non de punir par une répression anonyme. Par exemple, lorsque quelqu’un se met à tout casser, on peut être tenté de répondre à cette violence par le passage à l’acte. A l’inverse, il ne s’agit pas de se prêter à subir cette violence, mais de la traduire, de permettre son élaboration. Il est essentiel de pouvoir maintenir de la parole dans des moments comme cela. L’expérience montre que le seul fait de se décoller de cette situation de crise, en faisant un pas de côté, crée un espace pour le sujet et fait tomber la violence.

Donc même si dans le moment de la crise, chacun se trouve débordé, il est nécessaire de savoir ouvrir la porte à autre chose, à une parole sur ce qui se passe car, le plus souvent, la violence représente le cri de ce qui ne peut pas s’articuler. Il s’agit d’écouter et d’éviter les interprétations qui épinglent un sujet à un sens car cela augmente la persécution dans la mesure où c’est ressenti comme intrusif par le sujet qui se sent pénétré et vu. On ne sait pas toujours de quoi il est question dans le temps même de la crise. Mais si c’est le cas, il ne s’agit pas d’en faire état, au contraire ! Car le fait de dire juste peut avoir le pire effet : celui de produire une sorte de déflagration. Ainsi le moment de la crise n’est pas le moment, ni le lieu, pour interpréter. Notons de même que des énoncés du genre : « tu es » ou « tu as » sont à éviter car outre leur pouvoir signifiant de « tuer » ou « tua », ils stigmatisent le sujet et peuvent renforcer son sentiment de persécution. Il s’agit de trouver des énoncés qui ne jugent pas, qui n’excluent pas, qui accompagnent mais sans complicité ou angélisme manifeste. Le fait de s’inclure dans ce qui se passe ou de généraliser cesse d’isoler le sujet. Par exemple une parole comme : « on peut avoir envie de tout casser lorsqu’on se sent si fragile… »

Une crise peut être un temps qui précède une mobilisation, un temps fort qui nous provoque, sollicite quelque chose et qui peut être à la source d’un moment déterminant. Ce qui compte, c’est que cela puisse se vivre en étant auteur et non agi, que cela puisse se dialectiser. Il ne s’agit pas d’abreuver de sens, mais de trouver un fil qui va pouvoir frayer, tisser un chemin de parole.

Un tournant décisif

Au-delà de la perte de repère que constitue une crise, elle peut aussi se saisir dans une dimension salutaire dans le sens où elle peut permettre au sujet de faire des choix, de poser des actes qui ouvriront sur des éléments de refondation. Il faut insister sur les notions de cassure, mais aussi de changement et de suture possible, impliquées dans l’état de crise. C’est à partir de ce point qu’on peut se situer dans un champ du transitionnel, à savoir un temps de passage et en même temps un espace de construction et de créativité. C’est à cet endroit que la crise participe du sujet et qu’il est possible de formuler que le sujet se saisit dans la crise, se dépose en elle, non sans le risque de sa propre perte, de s’y abandonner en tout ou partie. C’est pourquoi il faut bien entendre que, sous la crise, se dessinent un choix ou un partage entre plusieurs voies.

Je pense au récit d’un jeune placé par l’Aide sociale à l’enfance qui faisait des fugues à répétition sans que ces crises puissent être saisies directement par rapport à sa situation quotidienne qui allait plutôt mieux. L’équipe cherchait désespérément à comprendre pourquoi il fuguait et rien n’y faisait pour faire cesser ces disparitions : répression, compréhension, cela se répétait comme quelque chose qui n’arrive pas à s’élaborer. En fait, ce jeune, beaucoup plus tard, a pu raconter que ce qui le tenait dans ces fugues n’était ni l’éloignement ni la fuite ; qu’il se cachait pour pouvoir voir les autres le chercher. Ce qu’il mettait en jeu c’était de pouvoir « se faire chercher ». Rappelons que le « se faire » peut se saisir comme le troisième temps de la pulsion. En effet ces trois temps définis par Freud sont pour le verbe voir : « voir », « être vu » et « se faire voir[3] ». Lacan dans son retour à Freud note que ce qui est spécifique au troisième temps c’est « se faire » où l’Autre se trouve inclus dans le circuit[4]. Ce dont cet adolescent jouissait en fuguant, c’était de pouvoir « se faire manquant » pour l’autre et de voir ses éducateurs le rechercher. C’était un geste qui, tout en répétant son abandon primordial, permettait au sujet d’être actif dans cet abandon, puisque c’est lui qui le mettait en acte. Et, de surcroît, cet acte lui ouvrait la possibilité de voir l’équipe abandonnée en quête de lui. Si l’autre me cherche, c’est qu’il tient à moi. La question d’être perdu pour l’autre s’était jouée pour lui depuis l’enfance, à répétition, et ces fugues ont été un moyen de s’en saisir dans un mouvement de réversion où il se perdait pour l’autre, où il abandonnait l’autre plutôt que le contraire : se faire abandonner par l’autre. On voit bien dans cet exemple comment subtilement le sujet peut reprendre un élément de son histoire en le jouant à sa manière. Mais dans ce moment précis, si quelqu’un lui avait donné la clé de son acte en lui disant pourquoi il fuguait, il n’aurait pas forcément pu s’en saisir.
Crise et psychose

Certaines crises, en faisant rupture, vont permettre au sujet de trouver et d’élaborer d’autres repères. Une crise psychotique peut se traduire par un délire faisant intervenir des éléments non reconnus par le sujet. Cela peut constituer une façon d’inscrire un réel qui n’a pas pu se symboliser. L’effondrement interne déclenché par un événement symbolique que le sujet ne peut pas intégrer peut être à la source d’une crise. Un délire, aussi énigmatique soit-il dans un premier temps, peut se travailler et créer l’occasion de rechercher quelque chose de son histoire qui n’a pas pu être transmis[5]. Pour Freud, la folie procède avec méthode et contient un morceau de vérité historique[6]. Dans l’introduction au Président Schreber, il écrit : « Ce que nous prenons pour une production morbide, la formation du délire est en réalité une tentative de guérison, une reconstruction[7]. » C’est ce qui peut permettre au sujet d’élaborer quelque chose sur l’effondrement interne qu’il ressent. Et cette dimension de construction est importante à saisir et à travailler dans le transfert. Car la crise est un moment de réel, d’effraction où il y a beaucoup d’angoisse. Mais n’oublions pas que c’est aussi un moment d’appel à lecture où le sujet peut se saisir d’une rencontre, s’il trouve à être entendu…

Et pour une version plus marrane du mot crise, je citerai le texte d’ouverture du premier numéro de temps marranes[8]. Les auteurs y font référence à la crise sans précédent initiée par la question marrane qui brouille les signes de la filiation, en changeant de nom, en prenant des « alias », en interrompant le cours si ancien des généalogies. Dans la suite de ce texte, ils explicitent ce que signifient pour eux ces temps marranes à savoir : « des temps de rupture, d’exil, de déracinement, de confusion des langues, des croyances, des sexes, mais qui néanmoins font surgir ce qu’ont d’émancipateur, de subversif, de facteur d’espoir, des temps qui confrontent ainsi les êtres, tous les êtres à des contradictions intimes, à des convertibilités inattendues, à des paroles désajustées et inquiétantes, dans un ensemble dialectique et en suspension.» N’est ce pas une façon de rejoindre les effets de tension mais aussi d’élaboration possible générés par une crise ?

 

Pour conclure

Je dirai qu’il s’agit de ne pas se laisser enfermer dans une logique d’évaluation ou de développement avec une norme et des critères définis d’avance. Il s’agit d’« autoriser » un sujet ouvert à ses propres inventions aussi bien qu’à ses défaillances sans y voir les manifestations a priori d’une cassure ou d’un égarement. Ainsi je reviendrai à l’étymologie du mot crise qui vient du grec krisis qui veut dire « jugement ». Ce mot est employé en médecine pour désigner le moment où va se décider la guérison ou la mort. Mais il signifie aussi « décision » et nous met ainsi sur la voie de ce par quoi un sujet peut en être un effet (d’une décision) qui donne une direction à son existence. A cet égard, je crois qu’il est important de percevoir ces moments de crise dans leur dynamisme évolutif de transition, de liaison, et c’est à cet endroit que la crise, comme franchissement et passage, peut venir constituer un temps essentiel de vérité d’un sujet. S. W.

 

[1] Du grec klastos, brisé ; c’est une forme possible de la crise d’agitation marquée par le bris d’objets comme manifestation violente d’agressivité.

[2] Michel Foucault, Le Pouvoir psychiatrique, cours au Collège de France, 1973-1974, Paris, Gallimard-Seuil, 2003, p. 248-250

[3] Sigmund Freud, Pulsions et destins des pulsionsMétapsychologie, Paris, Gallimard, 1974, p. 30.

[4] Jacques Lacan, Les Quatre Concepts fondamentaux de la psychanalyse, Paris, Seuil, 1974, p. 153.

[5] Simone Wiener, « Le délire serait-il une tentative d’inventer un mythe ? », dans Délire et Construction, sous la direction de F. Chaumon, Toulouse, Érès, 2002.

[6] Freud, Constructions dans l’analyseRésultats, idées, problèmes II, Paris, Puf, 1992, p. 279.

[7] Freud, Le Président SchreberLes cinq psychanalyses, Paris, Puf, 1995.

[8] Paule Pérez, Claude Corman, « L’entaille du commencement », dans le numéro 0 de la version électronique de temps-marranes.info.

C’est langue de l’autre

Quelques réflexions sur l’oeuvre de Paul Celan

par Simone Wiener

Trop souvent nous perdons de vue que le poète élève le phénomène à la puissance dix, et il n’est pas rare que la modeste apparence de l’œuvre d’art nous trompe quant au réel formidablement condensé qu’elle possède. Ce réel en poésie est le mot en tant que tel.» Ossip Mandelstam, Eté froid & autres textes [1]

Qu’en est-il des effets de langues dans le fait de pouvoir se sentir venir d’ailleurs, d’un autre lieu, d’un autre espace ? Il apparaît que ces enjeux de langues dominantes ou dominées soient des éléments incontournables à la saisie de ce qui se manifeste dans le phénomène marrane. Quitter sa langue maternelle pour adopter celle d’un Autre en position de domination, rester ou retourner à celle qui est perdue sont inhérents à la création d’un espace hétérogène. J’ai souhaité reprendre ces questions dans leur fonction de transmission. Une provenance, une source, une fiction d’origine semblent nécessaires à la possibilité même que se constitue un exil pour le sujet.

La tentative d’explorer ces chemins a  été pour moi l’occasion d’une lecture nouvelle de la poésie de Paul Celan (1920-1970). Son œuvre a accompli la tâche qui revient à l’art, celle de nommer, de rendre accessible un réel. C’est surtout le cas de la traversée des souffrances liées au nazisme, dont il était comme interdit de parler à l’époque. La langue dans laquelle il écrit sera celle des persécuteurs. Tout se passe comme si le corps de ce qui lui tenait à cœur était dans cette langue. Cette nécessité de conserver son idiome est déterminante et tient à une condition : celle de pouvoir y créer de l’hétérogène. Dès lors, la question sera la suivante : comment créer de l’exil, faire du soi avec de l’Autre ? J’aborderai la poésie de Celan en évoquant quelques éléments de l’approche lacanienne de la poétique : le style, la fonction de la langue, celle de l’adresse, qui jouent un rôle déterminant dans l’efficace de sa parole. J’entrecouperai mon propos de phrases extraites de sa poésie.
Jacques Derrida a consacré un livre à Paul Celan en reprenant le titre d’un de ses poèmes « Schibboleth »[2]. Ce mot hébreu est un mot de passe qui peut faire ouverture ou pas, selon la manière dont il est prononcé[3]. Derrida va suivre le cheminement de ce mot, qu’il va mettre en tension et articuler à l’idée de circoncire la langue, à partir d’un autre poème de Celan où il est question de circoncision.

 à lui

J’ouvre ma parole

A celui-ci circoncis le mot…[4]

De l’idée de circoncision de la langue, Jacques Derrida fait une sorte de paradigme de la position poétique de Celan : «  La parole circoncise est d’abord écrite, à la fois incisée et excisée dans le corps, qui peut être le corps d’une langue et qui en tout cas lie toujours le corps à la langue : parole entaillée, entamée, blessée pour être ce qu’elle est, parole découpée, écrite parce que découpée, césurée dès l’origine, dès le poème. » [5] L’idée de circoncision d’une langue situe la poésie comme une incision dans le corps de la langue. La langue doit en passer par le corps et la marque du collectif pour être lisible.

Cela nous ramène au champ de l’inconscient, dans ce qu’il a de social. Cette dimension de présence du corps dans la poésie rappelle aussi le message d’Henri Meschonnic ne voulant pas opposer la  chair à l’esprit, la voix à l’écrit,  l’individu à la société.

Personne ne témoigne pour le témoin [6]

Du style

A la  poésie, Lacan rapproche la fonction d’invention, de déprise du mot d’esprit. La poésie est source de création en même temps qu’elle creuse la langue. Ainsi dit-il : « Il n’y a que la poésie, vous ai-je dit, qui permette l’interprétation et c’est en cela que je n’arrive plus, dans ma technique, à ce qu’elle tienne : je ne suis pas pouate, je ne suis pas pouatassez. »[7]  Lacan nous oriente vers la poésie pour nous éloigner du trop de sens. La poésie nous rapproche de l’inconscient par le privilège qu’elle accorde au son,  à la voix, par sa puissance d’évocation et par l’importance des jeux de mots.

A cette fonction poétique, on peut ajouter celle du style tel qu’il se manifeste dans la langue comme marqueur subjectif. C’est ce qu’Erik Porge[8], en reprenant l’apport de Lacan, développe en montrant qu’il s’agit autant d’un trait singulier que d’un effet de rhétorique. C’est dans la manière de dire que passe le désir de trouver un savoir nouveau.

Il ne s’agit plus alors du style, au sens purement de l’écriture, mais tel qu’il se déplace lorsqu’il est subordonné à une adresse. Le style incarne le mouvement du sujet lorsqu’il s’adresse à l’Autre dont il garde une empreinte dans la parole et dans le corps. Il nous échappe et, en cela, il en dit plus que ce que nous disons. Ce sont des éléments qui peuvent être retrouvés dans la poésie de Paul Celan dont le style est si singulier et remarquable.

Pas une
voix  — un
bruit tardif , étranger aux heures, offert
à tes pensées, ici, enfin,
ici éveillé : une
feuille-fruit, de la taille d’un œil, profondément
entaillée ; elle
suinte, ne veut pas
cicatriser.
 [9]

Lacan a consacré plusieurs années de son séminaire à réfléchir sur la fonction de l’écrit qui, pour certains artistes ou écrivains comme Joyce, a été ce qui leur a permis de tenir, ce qui a fait, pour eux, suppléance. Sans développer cette voie de recherche, je relèverai que pour Celan l’écriture a constitué une nécessité essentielle, incontournable. Cependant, sa pratique n’a pas réussi à le maintenir à l’abri des périodes de tourments, de persécutions dont il a terriblement souffert et, dans l’après-coup de son acte, du suicide.

La fonction de la poésie a été pour lui, autant une exigence qu’une expérience, à la fois existentielle, artistique et politique. Il s’est trouvé à la croisée de plusieurs cultures, de plusieurs langues et n’a pu écrire qu’en allemand alors qu’il a vécu la moitié de sa vie en France, finalement très peu de temps dans les « patries » de sa langue maternelle. C’est pourtant dans cette langue allemande maternelle qu’il écrit. C’est avec sa mère qu’il a  partagé et appris le haut-allemand à l’époque où la ville de Czernowitz en Bucovine était germanophone. Cette langue a été véritablement maternelle en tant qu’elle incarnait pour lui le souvenir de sa mère qu’il a perdue alors qu’il avait vingt-deux ans. On sait qu’après sa Bar-Mitzva, il a refusé de continuer à apprendre l’hébreu, geste que l’on peut prendre comme allant symboliquement à l’encontre de son père, dont c’était la seconde langue[10].

Cette nécessité d’écrire en allemand semble tout à fait impérative et incontournable de son œuvre. Il faut noter que pour d’autres artistes ou écrivains, comme Elias Canetti ou Samuel Beckett, le fait de pouvoir écrire dans une autre langue que celle de leur origine a été libérateur[11]. De même, pour Aharon Appenfeld[12]qui raconte comment il a été sauvé par la rencontre avec celle qu’il nomme sa langue maternelle, l’hébreu, après avoir quasiment perdu l’usage de la parole.

Au contraire, Viktor Klemperer, en faisant une étude philologique de la langue du Troisième Reich, cherche à sauver la langue germanique de la nazification[13].  Cela a aussi été le cas de Paul Celan, pour lequel la poésie a été une sorte d’engagement et de défi à l’allemand pour parler de l’obscurcissement produit par le nazisme. Mais il a par ailleurs été un passeur, un grand traducteur de la poésie des autres, notamment de Shakespeare, Mandelstam, Henri Michaux, René Char, Supervielle, Ungaretti et d’autres. Il n’a jamais voulu traduire ses propres textes, alors qu’il était en mesure de le faire. Son écriture comme sa vie ont été un combat à la recherche des mots pour dire l’effondrement de la Shoah. Sa langue, par ce qu’elle a de poétique, était prise dans cet enjeu : celui du nouage de la langue à un réel. D’où la complexité et la part transgressive de son écriture.

L’exigence était d’inventer une langue divisée, coupée par la pluralité (l’allemand, l’hébreu, le yiddish, le russe) et par une adresse à une forme d’altérité. C’est cette complexité des rapports à la langue, similaire à celle de l’histoire de mon père où s’entrecroisent yiddish d’abord puis allemand, français, hébreu…, qui m’a menée sur la voie d’une réflexion à propos de ce poète de langue allemande qui emploie ces  différents idiomes et dont l’œuvre est traversée par l’histoire tragique des Juifs  d’Europe de l’Est.

La question marrane est tissée de ces parcours croisés de langue et de culture.

                Et ton œil – vers quoi se tient-il ton œil ?

Ton œil se tient face à l’amande. 

Ton œil face au Rien se tient.

Soutient le Roi.

                                                 Ainsi il se tient, se tient.

Boucle d’homme, tu ne grisonneras pas.

Amande vide, bleu roi.[14]

 

 

L’adresse de la langue

A part quelques poèmes en roumain et un poème pour son fils, en français[15], Paul Celan n’a jamais voulu ou pu écrire que dans sa langue maternelle : l’allemand. Tout se passe comme si sa poésie s’adressait à cet idiome. Ce choix ou cet impératif que l’allemand soit son mode d’expression poétique est un élément incontournable de son œuvre.

C’est à partir de ce point, celui d’inventer une langue qui porte en elle-même cette douleur du génocide des Juifs, que l’écriture de Celan trouve son originalité. Elle cultive des mots qui ont de larges possibilités sémantiques et en façonne de nouveaux. Elle engendre une sorte de nouvelle expression du deuil, à la fois universelle et complètement personnelle. Son style est marqué par la création de mots venant de l’hébreu ou du yiddish[16] ou ancrés dans la culture du peuple juif, de la Bible, et par des références à des grands poètes comme Mandelstam, Heine,  Hölderlin, Rilke.

Jean-Pierre Lefebvre le décrit ainsi : « Renoncement aux schémas métriques classiques, raccourcissement des poèmes, réduction des énoncés, dureté des sonorités, rémanences des mots composés hétérogènes ou hétérotopiques, rigueur et complexifications croissantes de la construction, centrage sur la langue elle-même. Une poésie de recherche plus que d’expression. Une parole sobre sans arabesques qui résiste à la compréhension et appelle le lecteur à travailler et à être travaillé par cette lecture… »[17]

 «  Passez , dis-tu , «  passez »,

« passez »

La lèpre silencieuse se décolle de ton palais,

éventail caressant ta langue de lumière,

         de lumière[18].

On peut dire de la poésie de Celan qu’elle opère une certaine déconstruction des lois qui régissent la langue allemande, ce qui produit cet effet de langue et de style. Celan désarticule la syntaxe, utilise des citations, injecte des mots étrangers. Il se défait de l’harmonie d’un poète classique et se rapproche « du cri, du bredouillement, du balbutiement  comme pour mieux signifier que le sens est définitivement blessé, que la langue est blessée et que le sens ne peut plus faire irruption que dans les failles, les manques, le silence. » [19]

Cette forme d’écriture poétique a permis d’inscrire un réel, de dire une vérité qui consigne la trace du génocide et l’impossible oubli de cette trace dans et par la langue allemande. Pour pouvoir nommer et bannir, il a fallu qu’il rappelle, répète l’événement dans une sorte d’idiome troué « babélisé ».

Ainsi, la langue allemande a été creusée par la poésie de Celan, elle en a été modifiée. Tout se passe comme si son espace poétique avait été construit pour lutter contre l’oubli, pour  faire parler ceux qui ne peuvent plus que se taire.

Auprès

De mille idoles

J’ai perdu un mot, qui me cherchait :

Kaddisch.

                       

A travers

                        L’écluse j’ai dû passer,

                        Pour sauver le mot,

                        le replonger au flot salé,

                        le sortir, le faire franchir :

                        Yizkor.[20]

La langue de Paul Celan est concassée, abrupte, par d’incessants sauts à la ligne, une ponctuation sauvage, des mots qui sont comme des pierres jetées. La mise en forme graphique de ses poèmes traduit la singularité de ce rythme. Leur visibilité montre ces scansions répétées : une langue faite d’éclats et de brisures. Le monde a été cassé, et le poète ne peut le rassembler à nouveau que dans les déchirures de ses mots.

Des mots fixes, pierre, fleur, ombre, sable, mort, larme, voix, oeil, tombes… côtoient des mots fluctuants, lamellés et rugueux, allant à l’encontre des conventions classiques de l’allemand. Son style se caractérise notamment par l’abolition du non et du oui, par l’effet d’énigme, d’obscurité et de profondeur que produit sa lecture. Tout se passe comme si son écriture poétique pouvait aller plus loin que le silence, par la dislocation des mots, par leur souffrance. Les phrases n’ont plus à rester ensemble.

Les mots sont un seul cri, parfois à l’impératif.

Lèvre privée du pouvoir de parole, fais savoir

Qu’il se passe toujours, encore, quelque chose,

Non loin de toi.[21]

L’œuvre poétique de Paul Celan va à l’encontre de l’idée politique d’une prétendue « incommunicabilité » ou « indicibilité » de l’anéantissement. Elle s’est opposée à la position du philosophe Adorno lorsqu’il a soutenu que ce n’était plus possible d’écrire un poème après Auschwitz. Par son travail poétique, on peut dire qu’il fait preuve du contraire. Il s’est situé du côté de la parrhésia, du courage de la vérité en combattant l’idée du silence. Ce n’est pas l’écriture qui est atteinte ; l’atteinte, c’est le silence auquel tant de gens ont été réduits. Et Celan a parlé, a chanté pour la mémoire du monde.

                  Passe en revue

Les lettres de l’âme mortelle-

Immortelle de ces lettres,

Va vers Aleph et Youd et va plus loin,[22]

 

 

L’emploi des pronoms « je », « tu »

 

La poésie de Celan se caractérise par une adresse particulière qui passe par l’emploi des pronoms : je, tu, nous.  Cette forme d’adresse d’exil du moi donne à son écriture une dimension singulière. L’une des conditions de son style tient à l’effet de retour, de l’adresse d’une parole. Cette forme de dialogue adressé inclut une altérité variable indéterminée mais constamment présente par l’anticipation de la langue. L’accueil et l’appel d’un angle de vue différent, d’un point d’hétérogène indiquent une place originale faite à l’Autre. Elle tient à la présence de mots étrangers et à un abord de l’ailleurs à l’intérieur de la langue allemande. Or, ce qui a été tenté dans le génocide, c’est précisément d’éradiquer l’hétérogène. Dans son discours « Le Méridien »[23], Paul Celan parle lui-même de l’adresse de la poésie à un Autre.  Pour lui, cette altérité ouvre, à travers un dialogue, la question du temps. Cet autre se traduit avec un grand A ou un petit a, selon les traductions. C’est une forme d’ouverture qui donne à cette poésie son style comme si cette disposition à l’échange, au dialogue, était coexistante à la pensée et comme si ce mouvement vers l’Autre ne pouvait exister que sur  fond de silence.

 

Voici quelques phrases extraites de ce discours qu’il prononce à l’occasion de la remise du prix Georg Buchner : « Le poème veut aller vers un Autre, il a besoin de cet Autre, il en a besoin en face de lui. Il le recherche, il se promet à lui. Chaque chose, chaque être humain est, pour le poème qui a mis ainsi le cap sur l’Autre, une figure de cet Autre (…). Le poème devient (…) le poème de quelqu’un (…). Cela devient un dialogue (…) C’est seulement dans l’espace de ce dialogue que se constitue cela même à quoi la parole s’adresse et qui se rassemble autour du Je qui lui parle et le nomme. Mais dans ce présent, ce à quoi la parole s’adresse et qui d’être nommé est devenu pour ainsi dire un Tu, apporte aussi son être autre. »

 

Paul Celan a eu, pour métier rémunéré, la traduction. Il passait des heures à traduire des textes difficiles. La traduction n’était pas seulement une affaire de passage, mais aussi  un « dialogue qui chemine ». Cette définition rejoint sa poésie, ardue, pourtant lue et relue, traduite et retraduite, énormément commentée, chantée, dont on peut dire qu’elle est laissée aux autres.

 

Ton  VISAGE- HORLOGE

entouré

de flammes bleues,

offre ses chiffres,

 

mon

origine

a cherché autour d’elle, elle

rentre en toi,

unis à l’union,

les cristaux

pleurent. [24]

 

De même, dans le champ de la psychanalyse, une cure ne peut se faire sans une adresse transférentielle « qui se prête » au mouvement de cette expérience. Cette adresse à autrui fait effort pour demander un écho, obtenir un signe de réciprocité et faire que le langage reste une chose partagée, publique, commune. La parole analysante n’est pas un poème, elle a pourtant ceci de commun avec ceux de Celan qu’elle ne pourrait se faire sans la dimension incontournable d’un autre à qui s’adresser.

A la fin de sa vie, en septembre 1969, Paul Celan fait un séjour en Israël où il retrouve son amie d’enfance, Ilana Schmueli.[25] Quelque chose d’essentiel lui apparaît dans ce pays qui apaise, semble-t-il pour un moment, ses tourments. Ensuite, il s’y sentira moins bien. Les réserves des Israéliens à l’égard de la langue allemande le troublent. A son ami d’enfance Manuel Singer, il révèle : « J’ai besoin de Jérusalem comme j’en avais besoin avant de l’avoir trouvée. » Celan avait appris à se définir dans l’exclusion et l’éloignement. Le choix de l’allemand conditionnait son identité et allait à l’encontre d’un «  vécu juif » qu’il pouvait rencontrer en Israël. Plus simplement, Sholem pensait que « Celan avait perdu l’habitude d’être chez soi. » [26] En allant dans ce sens, on pourrait dire que l’étranger faisait partie de ce qui pouvait l’identifier. Mais cela  reconduirait une opposition obsolète entre la centralité d’Israel et la périphérie de la diaspora alors qu’il s’agit de mettre en évidence l’existence d’appartenances indécises, hybrides et d’espaces qui ne soient ni centrés ni hors lieu. Ces formes de pluralisme, de flexibilité ne sont pas sans rappeler la complexité des allers-retours et des entrecroisements des destins marranes.

Il Y AVAIT

un air de figue sur ta lèvre,

Il y avait

Jérusalem autour de nous,

Il y avait l’odeur de pin blond

Sur le bateau danois, auquel allait notre gratitude,

Il y avait moi en toi.  [27]

 

 

[1] Traduit du russe par Ghislaine Capogna-Bardet, Actes sud, 2004, p. 57.

[2] Jacques Derrida  Shibboleth pour Paul Celan, traduit par André Du Bouchet éd. Galilée, 1992.

[3] Paule Pérez, « La vie, dans un chuintement, Shibbolet mot de passe aspiré », Temps marranes n°1.

[4] Ibid, Paul Celan cité par Jaques Derrida.

[5] Ibid, pp. 110, 111.

[6] Paul Celan, « Gloire des cendres » Choix de poèmes,  traduction Jean-Pierre Lefebvre, op.cit. p. 264.

[7] Jacques Lacan, Séminaire L’Insu que-sait de l’une bévue s’aile à mourre, 1977, séance du 12 avril 1977, inédit.

[8] Erik Porge, Transmettre la clinique psychanalytique. Freud, Lacan aujourd’hui,  Erès, 2008, p. 63.

[9] Paul Celan,  Voix, dans le vert  (Stimmen ins Grün), Grille de parole, Sprachgitter  traduction Martine Broda, éd. Christian Bourgois, p. 13.

[10] Andréa Lauterwein, Paul Celan, Belin, 2007, p. 53.

[11] C’est ce que montre le beau travail de Régine Robin, Le Deuil de l’origine. Une langue en trop la langue en moins. Ed. Kimé, 2003.

[12] Nurit Aviv, Misafa Lesafa, D’Une Langue à l’autre,  2004.

[13] Viktor Klemperer, LTI, la Langue du Troisième Reich : Carnets d’un philologue, traduit et annoté par Elisabeth Guillot, Albin Michel, 1996.

[14] Paul Celan, Mandorle, dans La Rose de Personne , éd. bilingue, trad. par Martine Broda, p. 73.

[15] « Les Hâbleurs pour Eric », cité par Andréa Lauterwein.

[16] La présence de mots hébreux dans sa poésie évoque le yiddish puisque, rappelons-le, c’est un dialecte qui mélange l’allemand et l’hébreu.

[17] «  Introduction », dans Choix de poèmes, éd. bilingue trad. et présenté par Jean-Pierre Lefebvre, Gallimard, 1998, p.14.

[18] Paul Celan, Give the word, Renverse du souffle, dans Choix de poèmes, ibid.                                                                                                                                         [19] Régine Robin, Le Deuil de l’origine, op. cit.,  p. 19.

[20] Paul Celan, L’Ecluse, (die Schleuse) dans La Rose de personne, op.cit., p. 33.

[21] Paul Celan, Reste chantable, Renverse du souffle, dans Choix de poèms,op. cit. p.243

[22] Paul Celan, Fenêtre de Hutte , La Rose de personne,  traduit par Martine Broda, p.  131.

[23] Paul Celan, Le Méridien & Autres proses, traduit et annoté par Jean Launay, Seuil, 2002, pp. 76, 77

[24] Enclos du temps, traduit par Martine Broda, éd. Clivages,  1985.

[25] Paul Celan Ilana Schmueli, Correspondance, traduit de l’allemand par Bertrand Badiou, seuil 2004
[26] Cité par A. Lauterwein, ibid., p. 123. p.275.

[27] Enclos du temps, ibid.